publié le vendredi 12 juin 2009
Animé par J.Paul Gambier, délégué aux relations internationales de la CNRA
Témoins :
Franck Jehl, Président de la FARA.
Peter Sassou Dogbe de Lomé, ex Nana FM, correspondant de RFI au Togo
Ababacar Sadikh Ly de Pikine au Sénégal, Oxy-jeunes
Nathalie Streiff, chargée de l’audiovisuel au Ministère des Affaires Étrangères
Jean-Paul Gambier présente le projet de la CNRA déposé auprès de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie).
Le projet présenté conjointement à l’OIF par la CNRA et l’ARC du Canada est distinct des jumelages entre radios associatives françaises et communautaires africaines mis en place par la CNRA depuis 2001 et qui se poursuivent toujours. Alors que les jumelages, dont le but commun est de tisser des liens à la fois entre les structures (deux radios) et les personnes qu’elles délèguent, se satisfont de financements moindres mais plus durables, le nouveau projet a l’ambition de viser à obtenir un budget conséquent pour une action ponctuelle sur 4 ans.
Pour cela, la CNRA s’est associée à l’ARC (Alliance des radios communautaires du Canada) qui est mandataire du groupement.
Chaque radio française qui peut être intéressée soit par cette action comme par les jumelages doit décrire son contexte, ses besoins, ses attentes, mais aussi ses contacts avec les ONG et les collectivités territoriales intervenant en Coopération Décentralisée au sein de l’espace francophone. Elle doit faire remonter sa candidature via sa Fédération vers la CNRA. Après l’appel à candidatures au Sud, la mise en relation s’effectuera selon les affinités et la plausibilité de l’entente entre les deux radios.
Des séries d’émissions pourront être mises en ligne sur Internet et seront diffusables sur d’autres radios associatives intéressées, même si celles-ci ne participent pas directement au projet.
L’agenda doit se calquer sur le programme quadriennal de l’OIF :
1) Automne 2009 : Décision de l’OIF
2) Décembre 2009 : Annonce de la décision et présentation du projet à Bamako lors du festival « Ondes de liberté »
3) En 2010-2011 : appel à candidatures auprès des radios africaines déjà existantes ou en projet (renforcement des structures ou aide à l’élaboration d’une nouvelle radio). Sélection en collaboration avec l’Amarc-Afrique.
4) 2011-2012 : Équipement des radios et formations à l’utilisation du matériel et aux contenus (notions de journalisme) avec Thétis et l’ESJ Montpellier.
5) 2012-2013 : Poursuite des formations. Mise en place de jumelages et échanges de contenus. Dispositif de prise en charge-relais, importance de l’appui des collectivités territoriales en coopération internationale et du tissu associatif local et des ONG présentes sur le terrain.
Deux représentants de radios sénégalaise et togolaise témoignent des partenariats passés :
Ababakar Sadik Ly : Participation au programme coordonné par la CNRA et le MAE (Ministère des affaires étrangères) en 2001 « Pratiques et échanges avec la communication de proximité ». Pour lui, le jumelage entre radio Oxy-jeunes à Dakar et CFM du Tarn et Garonne s’est avéré satisfaisant : création de liens humains, volonté d’ouvrir les radios du Sud au Nord et vice et versa. « On voulait vraiment faire de la radio, de vrais échanges, on a réussi ». Les jumelages ont aussi permis de développer un réseau interne entre les radios du Sud. Par exemple, sur le suivi des évènements politiques ou sportifs entre le Mali et le Sénégal. Mais le désengagement brutal du MAE a débouché sur un essoufflement, même si les relations avec le Sud de la France n’ont pas cessé pour autant, puisque des interventions ponctuelles mais régulières perdurent par CODEC et téléphone sur des thèmes très ouverts : dialogues entre ferronniers et forgerons, travail avec les scolaires, journée mondiale du travail, immigration clandestine.
Le projet de diversifie aujourd’hui et se relance avec les radios d’Alsace en liaison avec des ONG.
Il exprime des inquiétudes vis-à-vis du nouveau projet OIF : l’appel à candidatures au Sud va-t-il laisser sur le carreau les radios fidèles aux anciens programmes d’échange ? « il ne faudrait pas que la fidélité ne soit pas récompensée ».
Peter Dogbe : Le bon point du projet initial était son souci d’ouverture dans un contexte politique local difficile. Chaque radio avait pu conserver une liberté d’initiative sans avoir à obéir à des contraintes spécifiques. Le partenariat avec la radio R d’Autan a permis des échanges intéressants, notamment au moment des élections présidentielles française et togolaise, où il y a eu un suivi réciproque des évènements. Un flash d’actualités africaines perdure également sur R d’Autan.
Aujourd’hui, il faut capitaliser ces expériences pour développer leurs points forts et ne pas refaire les mêmes erreurs. Tenir compte aussi des changements qui se sont produits sur le terrain, comme l’importance que la radio a prise jusque dans les campagnes privées d’électricité, où les gens se procurent des batteries pour écouter les messages diffusés. Depuis 2004, les législations sur la radio ont également changé. L’harmonisation réalisée par la CDAO et L’UA (Union Africaine) a rendu plus difficile d’obtenir une fréquence. Il faut donc rentrer dans un dispositif ou une association préexistante pour pouvoir diffuser. En 2001 on n’avait pas pensé à l’arrêt des financements et à ce qui allait se passer après. Les premières années, il y avait un contact permanent, puis ça s’est espacé progressivement. Le nouveau projet doit prendre en compte ce besoin de perspectives.
J.Paul Gambier complète : En 2001, nous n’avions pas eu le temps de penser à la suite, les délais étaient trop brefs. L’appel du MAE s’était fait au dernier moment et il n’y a pas eu de réelle sélection, si bien que certaines radios n’étaient pas volontaires et leurs délégués peu fiables. Cette fois, c’est un projet différent, avec de nouveaux partenaires : canadiens et l’OIF. Il y aura une formation des radios impliquées, qui pourra par ailleurs s’étendre à d’autres radios intéressées. La CNRA sera plus axée sur les contenus, l’ARC davantage sur le matériel..
Franck Jehl : Présente le projet tissé entre le GREF et Oxyjeunes, qui a amené le GREF à contacter Azur FM qui a elle même impliqué la FARA et une autre radio de Strasbourg, RBS. C’est une nouvelle forme de coopération qui capitalise les expériences et justifie les échanges maintenus lors des déplacements à Bamako tous les 2 ans. On est vraiment dans le souci de trouver des radios capables de porter ce projet. C’est un véritable échange et pas un apport du Nord vers le Sud. Par le biais conjoint des Codecs et des contacts noués lors des déplacements, on est capable de mettre en place une émission simultanée sur bien des sujets à l’exemple de l’émigration /immigration. Son voyage à Dakar en 2009 avait permis une prise de conscience sur l’absence d’information sur les réalités de l’immigration en Europe, l’émission a débouché sur un échange de témoignages précieux d’un côté comme de l’autre. Le projet a déjà été retenu par le Conseil Général du Bas Rhin et d’autres mécènes. Mais ce qui contribue à convaincre, c’est que ces projets tiennent déjà la route sans financements. Les résultats sont donc garantis si les organisations s’investissent.

Radio des Ballons témoigne de son engagement au Sénégal via une association intervenant dans un lycée. Le contact est pris avec Franck Jehl et la FARA.
Fréquence Luz et RGB demandent comment s’inscrire dans cette dynamique.
News FM évoque la nécessité d’un Appel à candidature aussi au Nord.
Radio Zone a une grande expérience de l’Afrique, tant en agence de presse qu’en édition. Elle se propose pour des stages de rédaction.
L’Agence de l’Eau Artois Picardie témoigne de la pertinence et de la cohérence des liens entre radios et ONG. L’agence finance l’accès des populations à l’eau et l’assainissement avec participation obligatoire des collectivités locales françaises.
30 projets sur 14 pays également sous forme de jumelages. Ex : l’Artois Picardie et Région de Kayes au Mali.
Il y a un intérêt partagé à motiver les collectivités sur ces sujets où elles n’ont pas de savoir-faire en matière de communication.
Radio Déclic suggère des interventions ailleurs en francophonie (Caraïbe)
Le représentant de l’OIF signale que le projet CNRA/ARC du Canada est le seul projet intercontinental reçu par l’OIF. Il évoque des possibilités de coopération directe avec Haïti, St Domingue, le Laos et le Cambodge.
IDCS (de Mauritanie) Évoque l’historique des radios au Sud et les difficultés actuelles. Il faut relancer le processus de l’ouverture des ondes.
Ababacar Ly et Peter Dogbe évoquent la nécessité de s’inscrire dans un processus fédéral, dans un contexte qui c’est durci.
J.Paul Gambier évoque la suspension récente de Affia FM et Oxyjeunes, ainsi que la reculade du pouvoir face aux réactions internationales de solidarité.
Ababacar Ly remercie la CNRA et l’Ambassade de France pour leurs interventions.
Il suggère que la coopération puisse s’effectuer également Sud-Sud, à l’intérieur du Sénégal et entre Sénégal, Togo et Mali par exemple.