Bonjour,
Nous voilà rentrées de Lampedusa, où nous avons entre autres pu visiter le centre de rétention d’Imbriacola, partiellement détruit par un incendie en février et aujourd’hui complètement reconstruit et vide de tout migrants. Les politiques de refoulement en Libye sont en effet entrées en vigueur et depuis deux mois plus aucun migrants n’a pu poser le pieds sur l’ile. Ci-dessous un communiqué. Merci d’avoir publié le précédent communiqué, nous sommes toujours disponibles pour des correspondances sur le sujet,
A bientot,
Elise Melot
Lampedusa : le centre de rétention est reconstruit
Le centre de rétention d’Imbriacola – Centro di Soccorso e di Prima Accoglienza – situé à Lampedusa, partiellement détruit par un incendie le 18 février 2009, est aujourd’hui de nouveau apte à recevoir 830 personnes. “Les travaux ont été effectué en un temps records”, a affirmé Federico Miragliotta, directeur du centre, “le bâtiment détruit par les flammes a été reconstruit en un mois et demi”. En 2008, 30 000 personnes venues de Libye ou de Tunisie ont transité par cette île italienne de 22 km² située dans le canal de Sicile.
Le 16 juillet 2009, nous avons pu visiter ce centre de rétention. “La structure est identique à celle qui a été détruite par les flammes, nous a expliqué Federico Miragliotta, nous avons utilisé les mêmes matériaux, seule la répartition des chambres a été modifiée. Grâce à un système de lits superposés, elle peuvent contenir jusqu’à 12 personnes, contre 8 avant l’incendie”.
Le centre de rétention est aujourd’hui vide. En effet, depuis la mi-mai, les accords signés entre la Libye et l’Italie sont entrés en vigueur, et les migrants interceptés dans le canal de Sicile sont refoulés en Libye. Début mai, l’Italie a offert à la Libye six vedettes pour mener à bien cette mission. Les forces militaires italiennes patrouillent elles aussi dans le canal de Sicile, et l’organisation européenne Frontex est également active dans la zone. Nous avons cherché à rencontrer les autorités militaires italiennes pour savoir comment se déroulaient ces opérations de refoulement, mais le commandant de la capitainerie du port de Lampedusa, Achille Selleri, ne peut être interviewé sans recevoir le feu vert de sa hiérarchie, et depuis janvier aucun journaliste n’a été autorisé à s’entretenir avec lui sur ce sujet.
Comme tant d’autres habitants de l’île, Giusy Niccolini, directrice de Legambiente Lampedusa, l’organisation qui gère le parc naturel, ne croit pas que la politique de refoulement durera longtemps : “Pourquoi reconstruire à neuf le centre de rétention d’Imbriacola et créer un Centre d’Identification et d’Expulsion – CIE – sur l’île si les migrants ne doivent plus arriver ici ? Les arrivées de migrants vont reprendre.” En l’état, ce deuxième centre a déjà reçu des migrants durant l’hiver. Nous avons pu constater que des containers ont été acheminé sur le terrain et attendent d’être aménagés. “L’ex base militaire de l’OTAN, située sur la pointe occidentale de l’île, est d’ors et déjà un CIE. Des travaux doivent être effectués pour le rendre fonctionnel”, nous a confié l’adjoint au maire délégué aux politiques migratoires et à l’éducation de Lampedusa, Mauro Buccarello. Les différents centres de rétention de l’île ont toujours été construit sur des terrains militaires : le premier centre se trouvait dans le locaux de l’aéronautique, à côté de l’aéroport, il a été remplacé par le centre d’Imbriacola, édifié en zone militaire ; et enfin le dernier né, le CIE, situé à l’écart des zones habitées, sur l’ex-base militaire de l’OTAN. Sur un territoire d’à peine 22 km² sont réparties 16 casernes militaires. Quand le ministre italien de l’intérieur, Maroni – Ligue du Nord – a annoncé la création de ce deuxième centre, les habitants de Lampedusa ont vu leur île se transformer en prison.
Pour Gisuy Niccolini, cette politique de refoulement ne fait que rendre encore plus dangeureux le voyage entreprit par les migrants pour rejoindre l’Europe, “la méditerranée est devenue un véritable cimetière, rien ne peut empêcher les migrants arrivés en Libye de vouloir entreprendre la traversée. On ne sait rien des gens qui sont refoulés en Libye, parmi eux il y a certainement des demandeurs d’asile, puisque plus de la moitié des migrants arrivés en 2008 ont demandé l’asile politique”, donnée qui nous a été confirmée par Barbara Molinario, qui travaille pour l’UNHCR au sein du centre d’Imbriacola. “Pour éviter d’être refoulés, les migrants tentent d’autres routes, plus longues et dangeureuses”, selon Niccolini. Dans la nuit du 15 au 16 juillet, une embarcation chargée de 110 migrants est arrivée dans les environs de Siracuse, en Sicile. Une dizaine de jours auparavant, un bateau sur lequel se trouvait 47 migrants a été arrêté entre la Libye et Lampedusa. Quarante d’entre eux ont été renvoyés en Libye, les sept autres, jugés physiquement inaptes à effectuer ce voyage de retour ont été transporté sur les côtes siciliennes.
Reportage de Marzia Coronati et d’Elise Melot
http://amisnet.org/agenzia/2009/07/17/passpartu-39-lisola-dei-turchi-invisibili/
Pour tout contact : Elise Melot : 00 39 348 67 56 954
Répondre à ce message