publié le dimanche 24 mai 2009
ACTUALITÉ ARRAS dimanche 10.05.2009, 04:47 - La Voix du Nord

 Hervé, est président de la Confédération nationale des radios associatives.
| L’INTERVIEW DU DIMANCHE |
On le croise un peu partout du côté de Vitry-en-Artois, des manifestations sociales aux expositions de villages. Il est aussi à l’aise pour parler avec le politique du coin ou la ministre de la Culture qu’avec le collectionneur de timbres. Depuis 1995, Hervé Dujardin est LA voix de Radio Loisirs Scarpe Sensée dont il est l’unique salarié. On sait moins qu’il est président de la Confédération nationale des radios associatives qui organise son 16e congrès à Arras du 14 au 16 mai.
En quelques mots, c’est quoi Radio Loisirs ?
 « C’est d’abord trente-cinq bénévoles, qui se mettent derrière le micro pour nous parler de leurs passions, faire partager leurs connaissances. C’est aussi un outil d’accompagnement du développement du territoire. Notre radio est avant tout le reflet des habitants, on privilégie toujours leur parole. Mais on ne les prend pas en direct, on n’est pas une radio sucette avec des trucs à gagner. On a la prétention de penser qu’on se suffit à nous-mêmes. Si quelqu’un a quelque chose à dire, il monte son projet avec nous, et il fait son émission. Nous sommes un endroit de libre expression, une tribune ouverte. Dans mon émission, La Puce à l’oreille, on parle de l’actu du territoire. Quand on s’installe on prend cinquante minutes et à nos invités on pose les vraies questions, celles que les habitants se posent. Quand je dis quelque chose, je le pense. La radio n’est jamais aussi efficace que quand elle est sincère. »
Et question audience ?
« Ici, on n’est pas lié à l’audimat. On sait que 8 à 12 000 personnes nous écoutent chaque jour, sur un gros bassin de 650 000 auditeurs potentiels. On est surtout pas concurrent avec d’autres radios associatives comme PFM, Planete FM. On est complémentaires. On s’échange nos sujets pour faire des économies. Notre coeur de cible, c’est plutôt les gens de 35-50 ans d’où notre programmation musicale surtout axée chanson française. »
Mais tout cela à un coût. Comment boucler son budget chaque année ?
« On émet 24 h/24 avec un budget de 140 000 E. Comment on y arrive ? En faisant tout nous-mêmes, comme l’aménagement des studios ! Chaque année, on touche 40 000 E du fonds de soutien à l’expression radiophonique, plus une rallonge parce que nous sommes bien cotés grâce aux programmes que nous montons pour l’éducation, la culture, la lutte contre les discriminations... On a aussi une subvention départementale de 20 000 E, municipale de 300 E. On boucle avec des prestations de service. » > Mais l’avenir s’assombrit. « Aujourd’hui, on compte 640 radios associatives en France, ce qui représente 2 500 emplois et 30 000 bénévoles. On dit que c’est beaucoup, moi je dis que c’est pas assez. La loi oblige le CSA à réserver 20 % des fréquences pour les radios associatives, mais dans les faits nous en sommes loin. Le problème est qu’aujourd’hui, on n’attribue plus de fréquence, il faut attendre qu’il y en ait une qui se libère. Et aux yeux des grands groupes, nous représentons un chiffre d’affaires non exploité. Et quand on sait que les audiences sont en chute pour les radios musicales, l’heure est aux concentrations, on veut taper là où ça fait mal pour nous, sur l’aspect financier. L’État se pose la question de savoir s’il n’y a pas un peu trop de radios associatives, si donner 640 fois 40 000 E de subventions c’est pas un peu beaucoup. Les radios associatives viennent de la fin du monopole de l’État, j’ai peur que demain on tombe dans le monopole du fric ! Nous étions jusqu’alors financés par une taxe sur le chiffre d’affaires publicitaire des télés et radios. Mais avec la fin de la pub sur le service public, le fonds de soutien aux radios est tombé de 25 à 18 M E. Et dans la nouvelle loi de finances, nous sommes passés directement dans le budget de l’État. Aujourd’hui, on ne dépend plus que du bon vouloir du gouvernement. Nous avons fait des propositions comme constituer un établissement public industriel et commercial chargé de gérer ce fonds, mais notre ministre de tutelle n’a pas l’air très intéressée. »
Autre inquiétude, l’arrivée de la radio numérique. Pourtant, c’est une chance.
« Avec le numérique, on pourra faire des choses formidables comme envoyer des flux en plus de la voix. Le problème est que les places vont être chères, très chères. Pour couvrir une ville comme Lille, il faudra deux émetteurs. Chacun pourra diffuser neuf radios seulement, c’est ce qu’on appelle le multiplex. Le tarif sera le même pour tout le monde, 20 000 E à l’année. On sent que les grands groupes font une énorme pression pour faire sauter le seuil des 150 millions d’auditeurs, ce qui les empêche aujourd’hui de grossir et de reprendre des fréquences. Si demain ils y arrivent, ils pourront faire monter les prix et faire en sorte que nous ne puissions plus avoir accès à ces multiplex. Certes rien ne nous oblige à passer au numérique, mais si demain la bande FM disparaît... Nous réclamons que le CSA nous laisse encore 20 % des fréquences pour le numérique, comme cela se fait pour le hertzien. C’est de tous ces sujets que nous allons parler lors du congrès national de la CNRA. On représente une centaine de radios associatives, j’espère au moins qu’il y aura un représentant du ministère, sinon je prends cela comme le signe de ce qui nous attend dans le futur ! »
• PROPOS RECUEILLIS PAR EMMANUEL CRÉPELLE