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Pascal et Henrard nommés, Mitterrand désavoué ?

Pascal et Henrard nommés, Mitterrand désavoué ?

publié le mercredi 5 janvier 2011

L’annonce de l’arrivée des deux nouveaux conseillers de Sarkozy, Camille Pascal, chargé des média, et Olivier Henrard, chargé de la culture, n’a suscité aucune réaction de la part des observateurs de la vie politique. Certains ont même salué ces nominations jugées inattendues de la part du chef de l’Etat. Pourtant, rue de Valois, un ministre a toutes les raisons de regretter le choix élyséen...


Article publié dans Marianne

Pour la nouvelle année, Nicolas Sarkozy a décidé de s’offrir un double cadeau : remplacer son conseiller média Eric Garandeau, parti au CNC, par non pas un mais deux hommes. Camille Pascal, ancien secrétaire général de France Télévisions, prend en charge l’audiovisuel tandis qu’Olivier Henrard, juriste de formation, co rédacteur de Hadopi et ex directeur adjoint du cabinet de Mitterrand, hérite du volet culturel du poste. Deux nominations qui, à bien des égards, pourraient en étonner plus d’un : Pascal compte parmi les plus fidèles soutiens de Patrick de Carolis, quant à Henrard, débarqué manu militari du cabinet du ministre de la Culture, ses rapports avec son ancien boss sont depuis loin d’être au beau fixe.

Difficile, dans ces conditions, d’imaginer une collaboration heureuse. De là à interpréter ces nouvelles arrivées dans l’entourage élyséen comme un désaveu de Frédéric Miterrand, il n’y qu’un pas... Que plusieurs détails pousseraient à franchir.

L’AEF ou l’échec de Mitterrand ?

Premier dossier brûlant jeté sur le nouveau bureau de Camille Pascal : l’Audiovisuel extérieur français (AEF) embourbé dans une guerre des chefs depuis les révélations d’espionnage informatique interne. D’un côté, la reine Christine qui doit faire face à la méfiance de ses collaborateurs et des journalistes de France 24 depuis sa mise en cause dans cette affaire ; de l’autre, Alain de Pouzilhac, PDG d’AEF, qui a expressément refusé d’accorder sa confiance à sa numéro 2.

Le conseiller à l’audiovisuel de Sarkozy ne sera pas le premier à se frotter à cette affaire épineuse. Le 14 décembre, Mitterrand avait déjà tenté d’apaiser les tensions en recevant les deux dirigeants. Sauf que le ministre s’est cassé les dents sur la détermination de Pouzilhac, lequel a insisté sur la défiance de plusieurs cadres de France 24 à l’égard d’Ockrent.

Derrière la prise en charge du dossier par Camille Pascal, c’est bien l’incapacité de Mitterrand à gérer cette crise qui apparaît en filigranes, même si du côté des nouveaux conseillers, on récuse avec force cette interprétation.

Mieux que président de l’INA, conseiller de Sarko

Deuxième plomb dans l’aile du phénix Mitterrand : la nomination comme conseiller de Sarko de celui qu’il était parvenu à évincer quelques mois plus tôt de la course à la présidence de l’INA. En mai dernier, le ministre de la Culture avait joué des coudes pour imposer la candidature de Mathieu Gallet, son jeune directeur adjoint de cabinet, contre celle de Camille Pascal, qui bénéficiait pourtant du soutien de nombreux acteurs du monde audiovisuel. Sarkozy avait fini par trancher en faveur de Gallet, une décision alors interprétée comme le retour en grâce de l’occupant de la rue de Valois.

Alors que le jeune président de l’INA est aujourd’hui de plus en plus décrié, des couloirs de Matignon en passant par l’Assemblée, la désignation de Pascal comme conseiller de Sarkozy sonnerait presque comme un retour en disgrâce de Mitterrand.

Viré par Mitterrand, nommé par Sarkozy

L’arrivée d’Olivier Henrard dans le giron présidentiel aurait en tout cas tendance à confirmer l’hypothèse de l’affaiblissement du neveu de Tonton. Entré au cabinet d’Albanel en 2007, Henrard a ensuite assumé la fonction de directeur adjoint du cabinet de Mitterrand, en collaboration avec Mathieu Gallet. Mais les tensions entre les deux hommes sont vives et fin 2009 Henrard exprime son souhait de quitter le cabinet du ministre pour prendre la direction générale de la création artistique (DG2). Après lui avoir promis le poste, Mitterrand lui refuse sans explication. Henrard démissionne.

Et le voilà maintenant récupéré par Sarkozy en personne, de quoi faire tourner en bourrique le ministre de la Culture qui aura du mal à balayer d’un revers de main les avis émis par un conseiller du président. D’après le numéro du Canard enchaîné à paraître aujourd’hui, Mitterrand se serait même fendu d’un coup de fil à Guéant pour que ce dernier empêche la nomination d’Henrard, avant de se faire gentiment envoyer promener. 2011 s’annonce décidément comme une année à risques pour Frédéric Mitterrand.

Voir en ligne : le site de Marianne

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