publié le mercredi 8 décembre 2010
Alors que de nombreux professionnels - comme les coiffeurs aujourd’hui - se plaignent des taxes sur la musique diffusée, la Société des auteurs, compositeurs (Sacem) et les salaires de ses dirigeants sont dans le collimateur des députés.
Cet article publié dans France-Soir le 7/12/2010 fait écho à un débat récurent au sein du secteur des radios associatives.
Si vous avez pris rendez-vous chez le coiffeur à l’approche des fêtes, sachez que vous ne serez pas bercé par la douce mélodie de Petit Papa Noël durant votre shampoing.
Des milliers de salons ont décidé de se passer de musique dès aujourd’hui, afin de protester contre l’augmentation des taxes qu’ils doivent reverser aux artistes (lire notre témoignage). Des sommes perçues et redistribuées par la toute-puissante Sacem (société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique)… actuellement dans le collimateur de la Cour des comptes.
Un rapport récent épingle le train de vie fastueux des cadres de cette société privée à but non lucratif. A commencer par le salaire édifiant perçu par le président du directoire Bernard Miyet : environ 600.000 € par an. Avec une moyenne de 266.000 € de revenus annuels, les dix autres principaux dirigeants du groupe ne sont pas en reste ! Choqués par ces chiffres, les députés de la commission des affaires culturelles ont sommé la Sacem de s’expliquer. Pour justifier son salaire mirobolant, Bernard Miyet a souligné qu’il occupait un poste de secrétaire général adjoint à l’ONU avant de rejoindre la Sacem. Selon lui, il était donc tout à fait logique de conserver le même niveau de rémunération. Et pour convaincre un peu plus les députés, le dirigeant n’a pas hésité à faire preuve d’une légère arrogance : « La Sacem est une société de niveau international […], amenée à négocier notamment avec Steve Jobs (président d’Apple, NDLR), les présidents de France Télévisions et de TF1 ou le patron d’Amazon. » Une démonstration qui a laissé perplexe. D’autant plus que les débordements ne s’arrêtent pas là.
Le rapport de la Cour des comptes est formel : les dirigeants de la Sacem « ne respectent guère la note interne relative aux frais de déplacement et de mission ». Ce règlement exige notamment que les cadres se limitent aux hôtels 3 étoiles et respectent un plafond de 40 € par repas lors de leurs déplacements à l’étranger. Mais la Cour des comptes n’a pas pu approfondir son enquête, faute de documents : la Sacem a indiqué qu’elle ne disposait pas d’un suivi individuel des frais d’hôtels et de restaurant de ses employés. Cette absence de contrôle a permis à un salarié de prendre largement ses aises avec la carte bancaire de la société. En 2007, Jacques Blache l’a utilisée pour régler des achats dans des grands magasins, des frais de péage lors de week-ends, des locations de voiture, 10.000 € de « cadeaux », des repas pris seul ou encore des vacances de Noël en Guyane. « Il semble même qu’à deux reprises, des dépenses aient pu être engagées le même jour avec cette carte dans le Vaucluse, dans l’Eure-et-Loir et dans le Morbihan », s’étonnent les auteurs du rapport. Interrogée sur ce salarié dépensier, la Sacem répond que Jacques Blache a quitté la société en 2008. Apparemment surprise par les critiques, la société fustige sur son site Internet les « soupçons persistants » dont elle fait l’objet. « Le soupçon, on le sait, est le poison de l’âme », s’indigne même un dirigeant.
Voir en ligne : l’article dans France-Soir