publié le lundi 13 juillet 2009

Cette conférence plénière a commencé par la présentation faites d’Hugues de VESINS sur l’avenir immédiat de la radio numérique.
Hugues de VESINS s’est employé à nous convertir à la radio numérique. Pour lui, c’est d’abord une condition sine qua non pour continuer à exister.
Il sera de plus en plus difficile de continuer à exister sur la FM sans être par ailleurs une radio numérique, particulièrement face au développement de la radio sur les téléphones portables.
Ensuite, l’importance du financement public des radios associatives doit les pousser à entretenir leur légitimité.
Nos radios remplissent des missions fixées par la loi. Les ondes hertziennes sont un bien public et c’est nous qui y assurons la liberté de communication.
Il nous faut nous intéresser au numérique, même si nous préférerions ne pas être obligés de le faire.
Enfin et surtout, la radio numérique terrestre est une chance pour développer la communication sociale de proximité.
Les possibilités offertes par le numérique nous le permettent.
Cela permettra de donner plus de corps aux débats, grâce à des retours immédiats ou différés.
Cela renforce la citoyenneté de nos médias.
La très grande disponibilité de nos contenus va considérablement renforcer leur impact.
Par exemple, une émission podcastée va pouvoir donner lieu à des réunions de quartiers ou des conseils.
Les gens commencent déjà à s’y rendre en ayant écouté les émissions. Ils viennent avec leurs questions.
C’est une innovation sociale. Même les supports d’écoute sont en train de changer. Cela va nous permettre d’être encore plus visibles comme vecteur de lien social.
Pourtant, la difficulté est de trouver la meilleure façon de migrer vers le numérique. Dans cet avenir proche, c’est autour du site internet que la radio va se construire.
Et ce site doit être tout, sauf une vitrine. Il faudra y incorporer toute la panoplie de ce que l’on nomme aujourd’hui le web 2.0 : chat, forums, archivage, échanges, blogs… l’image va apporter énormément. A cette fin, les logiciels qui existent aujourd’hui permettent de très bien automatiser la publication de nos productions.
Le problème du coût
Le problème crucial du passage au numérique reste le coût, qui sera beaucoup plus élevé que pour l’analogique. En prenant en compte chaque étape de l’émission comme le multiplexage, l’encodage, l’émission, les liaisons, Hugues de VESINS chiffre le coût d’une diffusion sur une ville de taille moyenne à 16 000 euros TTC par an.
C’est donc naturellement sur ces modalités financières et techniques que les questions ont été adressées aux deux représentants du CSA, Rachid ARHAB et Alain MEAR, ainsi qu’à Laurence FRANCESCHINI, de la direction du développement des médias : comment seront gérés les multiplexes ?
Une radio commerciale pourra-t-elle se retrouver multiplexée avec une radio commerciale ?
Qu’est-ce qui a été prévu pour empêcher que les radios associatives soient prises en tenaille par des radios commerciales ?
La libération en cours de la bande 3 va-t-elle modifier l’appel à candidature déjà lancé ?
Comment vont se dérouler les prochains appels à candidature ?
Quelles aides financières pour le passage de nos radios au numérique ?
Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale ?
Va-t-il devenir comme nous le souhaitons, un établissement public industriel et commercial ?
La réponse à cette dernière question a été donnée par Madame Franceschini, qui a rappelé que le gouvernement s’est engagé à préserver notre système très spécifique de soutien aux radios associatives, ce qui suppose un accompagnement particulier des radios associatives dans ces mutations.
La mission de réfléchir à la réforme du Fonds de soutien à l’expression radiophonique locale a été confiée à Emmanuel Hamelin, qui a été chargé d’en évaluer le fonctionnement actuel et de proposer des pistes de réformes, en tenant compte de nos demandes.
Les pouvoirs publics comptent sur notre équipement en numérique pour inciter les constructeurs et le public à s’y investir.
Les représentants du CSA se sont ensuite employés à éclairer et rassurer l’auditoire.
« L’avènement de la radio numérique ne doit pas se traduire par une hécatombe. Le CSA doit vous aider à prendre ce virage, qui ne doit pas être vécu comme quelque chose d’anxiogène, mais comme une richesse future ». a déclaré Alain Meart pour résumer la politique du CSA.
Une aide publique viendra donc aider les radios de catégorie A à se numériser. Quand au multiplexage, qui nous fait craindre de perdre notre autorité sur l’émission des ondes. Nous serons obligés de passer par un prestataire de services, sans doute privé, et de partager une fréquence avec d’autres radios. Et sur ce point, Rachid ARHAB a dévoilé la politique du CSA : regrouper les radios dans les multiplexes par catégorie pour les homogénéiser. Et ceux-ci devraient donc regrouper entre 10 et 12 radios. Sur les 377 dossiers de candidature qui ont été déposés depuis un peu plus d’un an, 168 ont été remplis par des radios associatives, pour 19 zones. Les prochains appels à candidatures se feront par plaques régionales suivant grosso modo les découpages régionaux de France 3, soit 24 ères régionales.
Cependant, un élément devrait modifier le cours de ces appels à candidature : la libération par Canal+ de la totalité de la bande 3.
Cette partie du spectre hertzien, réservé à la radio numérique, est encore occupé par canal+ jusqu’au 6 décembre 2006. Pour réaffecter l’espace libéré, le CSA envisage de revoir les appels à candidature en cours ou à venir.
Question dubitative d’un directeur de radio associative à Cergy-Pontoise :
« vous nous dites mariage d’amour et pas mariage forcé. Ca ne me parait pas si évident que ça. Même dans un multiplexe purement associatif, on n’aura pas le choix. L’autogestion est une utopie. ».
Réponse d’Alain MEAR : « rien n’est plus solide qu’un mariage de raison. Vous allez partager une fréquence. Vous apprendrez à vous connaître, à être solidaires. Vous désignerez un syndic pour vous représenter et serez libres de déterminer les règles du jeu entre vous. »
Une question inquiète du président de l’Echo des Garrigues de Montpelier : « pour l’instant, on trouve difficilement du matériel. Les auditeurs seront-ils prêts ? Au Canada ils sont revenus en arrière car personne n’était prêt. Et concernant, la norme de diffusion, la France fait cavalier seul avec la Corée du Nord ! »
Rachid ARHAB se veut rassurant : « les 150 000 000 de postes français ne vont pas passer à la poubelle. Nous discutons avec les constructeurs qui se sont engagés à fournir un approvisionnement varié et attractif à partir de 2010 et pas seulement en haut de gamme. Concernant les normes, la TDB est de la famille du DAB+. Nous avons insisté pour que l’on puisse écouter la radio numérique à l’étranger avec ces appareils, même si la norme change d’un pays à l’autre »
