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Plénière 3 - Les enjeux de la communication sociale en Europe et la solidarité entre radios francophones

Plénière 3 - Les enjeux de la communication sociale en Europe et la solidarité entre radios francophones

publié le vendredi 19 juin 2009

Vendredi 15 mai 2009 à 18h

Intervenants :
- Francine AUGER, FRANF (Fédération des radios associatives du Nord de la France),
- Francesco DIASO, secrétaire général de l’AMARC Europe, (association mondiale des radios communautaires),
- J.Paul GAMBIER, FRANC-LR et délégué aux relations internationales de la CNRA,
- Emmanuel ADJOVI, OIF (Organisation internationale de la francophonie),
- Nathalie STREIFF, Chargée de mission pour l’audiovisuel au MAE (Ministère des affaires étrangères)

Avec le soutien de l’Organisation Internationale de la Francophonie


Francine AUGER :

Quand on parle de coopération internationale, paradoxalement, les radios locales de proximité sont en terrain familier parce qu’elles sont chez elles partout où la question du statut de l’AUTRE se pose et se résout. Nos radios sont avides de ces relations discrètes et profondes qui peuvent se nouer par delà les continents. Alors entre initiatives particulières, constructions de réseaux et politiques publiques, les radios captent ce qui correspond à ce qu’elles veulent préserver : un réseau de relations, d’initiatives, de productions non normées par des règles marchandes. Enfin, les radios de proximité doivent prendre en compte dans le cadre de la coopération internationale, la situation des médias dans les pays d’Europe de l’Est où le monopole d’Etat s’est effondré au profit apparemment de médias commerciaux. Alors pour faire l’état des lieux de ces coopérations la Confédération Nationale des Radios Associatives a invité Nathalie Streiff chargée de mission du pôle média du ministère des affaires étrangères mais par la nécessité d’échanges qui révèlent le réel au lieu de l’occulter. Une autre question doit préoccuper les radios de proximité, c’est la question du déplacement des populations qui occupe de manière aiguë notre début de siècle : le déplacement des populations et leurs migrations. Comment les radios locales de proximité peuvent prendre en compte cette réalité ? Dans les pays dont on part et ceux où on arrive.

Francesco DIASO :

L’AMARC vient de fêter ses 25 ans. Sur le continent européen, chaque pays à sa définition propre des médias associatifs, communautaires, locaux… Le concept même a été très difficile à expliquer aux ONG avec lesquelles nous travaillons pour une reconnaissance au niveau international. Parmi ses activités, l’AMARC Europe fait du lobbying auprés des instances politiques. Si dans beaucoup de pays, nos radios existent depuis de nombreuses années, la situation est très fragmentée : en Grèce, au Portugal, il n’y a pas de secteur associatif. En Espagne une loi est en discussion. Elle est toute récente en Angleterre… Un immense problème se pose dans les pays d’Europe centrale et orientale. Nous avons tenu notre congrès en Roumanie et ce n’est pas par hasard. On y craint une commercialisation brutale des médias, à l’image de ce qui se passe en Pologne, en République Tchèque… Même concept même de pluralisme, vu comme point de repère fondamental, est en danger, non seulement par l’absence des médias associatifs, mais aussi par la disparition du Service Public traditionnel. Nous pensons qu’un système pluraliste des médias doit se composer de 3 secteurs distincts : commercial, public et associatif. C’est sur ce point que nous faisons du lobbying en Europe, auprès :
-  Du conseil de l’Europe, qui recueille 47 pays parmi lesquels l’Arménie, la Géorgie… La liberté d’expression y est vue comme une liberté de base. Il peut émettre des résolutions qui ne sont pas contraignantes pour les Etats.
-  La commission Européenne. Pêche et agriculture sont dans les mains de l’UE, pour elles, il existe des dispositifs, des politiques communes. Mais rien n’est prévu pour l’information et la communication. Cela donne à réfléchir sur les immenses enjeux que les Etats veulent garder entre leurs mains. Une seule directive : la directive télévision sans frontière sur l’Internet et la radio. En février, une déclaration des ministres a reconnu l’importance du rôle des médias dans la cohésion sociale. Une conférence interministérielle se tient également chaque année sur le sujet. Comme les 28 et 29 mai prochains à Reykjavik. Les ONG comme nous préparent ces sommets pour contribuer aux résolutions les plus importantes. Pour les instances européennes, la principale question actuelle est la législation de l’Internet. Cela pose encore plus de problèmes. Il s’agit de réfléchir à la notion d’information, de communication. Est-ce qu’un blog est un média ou pas ? Quid d’un social network comme Facebook ? Souvent, les concepts de base sont des concepts très difficiles à homogénéiser avec des ONG qui ne connaissent pas ces expériences : en Roumanie ou en Arménie par exemple, des pays où la société civile est encore inorganisée. La coopération internationale, pour les ONG comme la notre qui comportent également des radios militantes, devient vite un débat complexe. On parle aujourd’hui de journalisme citoyen. Les ONG s’y opposent massivement. Pour elles, ça ne veut rien dire. « Je ne vais pas chez un dentiste citoyen, mais chez un professionnel. » Il faut donc animer des projets concrets, moins importants que l’infrastructure culturelle, et bien comprendre que les défis que nous avons à affronter ne sont pas tous identifiés. Nous avons eu des résolutions du Parlement Européen, la déclaration du conseil des ministres… Le défi le plus grand est le passage au numérique, dans lequel il faut décider de standards de communication qui sont choisis et qui ne ne sont pas toujours ceux que nous appellerions de nos vœux. Nous devons être vigilants parce que la grande bataille ne se fera pas contre les médias commerciaux, mais contre les grandes compagnies mondialisées. C’est un aspect fondamental. Notre combat doit pouvoir être mené auprès d’instances comme les Nations Unies ou l’Organisation Internationale des Télécommunications de Genève. Dans cet esprit, nous n’avons pas besoin de journalistes, mais d’avocats et de techniciens… Ce travail demande une coopération étroites entre structures nationales comme la votre.

J.Paul GAMBIER :

Engagement CNRA à l’international n’a pas été immédiat Il s’est matérialisé il y a une petite dizaine d’année à la faveur d’une sollicitation du Ministère des Affaires Etrangères (MAE). La CNRA a décidé d’y répondre en direct sans s’inscrire dans une organisation internationale :
-  L’AMARC Europe, où la France était déjà représentée par la CNRL, traversait une période de turbulences.
-  L’Afrique où les autres organisations françaises et canadiennes avaient décidé de constituer une structure distincte de l’AMARC (l’URCAF) sur un mode de fonctionnement qui ne nous convenait pas.

En tant que telle, la CNRA n’a jamais eu la prétention de mener des missions d’étude, organiser des colloques, des voyages, mais seulement mettre en contact des gens qui produisent des contenus radiophoniques, dans un engagement citoyen, au Nord et au Sud. Avec l’idée que les radios associatives du Nord et du Sud ont des projets qui relèvent de mêmes valeurs. Le CNRA n’était que le médiateur, interlocuteur de notre commanditaire, le MAE.

Nous nous sommes organisés sur le mode habituel, confédéral, en désignant deux régions test : la FRANC Midi Pyrénées et la FRANC Languedoc Roussillon. 10 radios africaines communautaires venant de 7 pays d’Afrique francophone ont été sélectionnées par le MAE. et 10 radios interlocutrices ont été identifiées dans ces deux régions. Sur ces 10 radios françaises, 7 sont ici présentes : Radio Pays d’Hérault, Radio Clapas, Radio Margeride, CFM, Radio Occitania, R d’Autan et Radio St Affrique… Pour les 10 africaines du projet 2001 : 4 sont ici représentées. Grâce au soutien initial du MAE, une formation a été associée à ces jumelages, dispensée par Thétys dans le locaux de CFM Caussade.

Depuis lors, les choses ont un peu changé. Le Canada est sorti de l’URCAF. L’ARC et la CNRA se sont rapprochées depuis 2006 et nous avons conclu un accord de coopération internationale. Avec eux nous avons bâti un projet d’échange Nord-Nord et le partage d’un point de vue commun sur une façon de travailler à la solidarité entre le Nord et le Sud. On a bâti ce projet. Thétys et l’ESJ via son antenne de Montpellier sont intervenues sur le volet formation. Tout cela sera évoqué lors de l’atelier de samedi. Ce projet est conçu comme un complément du Plan Radio Afrique monté par le MAE avec RFI et non pas en concurrence. Il est convenu d’avoir comme interlocuteur l’AMARC Afrique, dont le nouveau Président et la représentante du Réseau International des Femmes sont issus de radios jumelées avec la CNRA, et de le faire avec comme principal partenaire financier l’OIF, opérateur de référence qui correspond parfaitement à cette démarche de rapprochement. Le ministère nous accompagne moralement et techniquement.

C’est donc tout naturellement que la CNRA a décidé d’adhérer à l’AMARC Europe et de participer à sa conférence et son AG de Bucarest en décembre 2008 Il y a 15 jours l’ARC du Canada et la CNRA étaient ensemble à Abidjan pour la conférence Pan-Africaine de l’AMARC, où la France était aussi représentée par le SNRL et l’Institut Panos Paris. Afin de répondre à une réelle attente de nos interlocuteurs, j’y ai proposé au Président du SNRL de définir ensemble
-  un calendrier pour les années à venir
-  et une plate-forme commune que nous ferions valider par nos instances respectives Afin de permettre aux organisations représentatives françaises d’intervenir à l’international d’une seule voix. Au nom de la CNRA, je souhaite que l’on puisse avancer ensemble, avec nos histoires et nos différences. L’objectif est de donner plus de lisibilité et de cohérence à notre projet et à ceux qui restent à bâtir.

Sans préjuger de la suite qui sera donnée par l’OIF, au nom de la CNRA, je tiens à remercier Emmanuel Adjovi pour sa présence et le soutien financier apporté par l’OIF. C’est ce concours qui permet la présence parmi nous de :
-  Haby Diallo, membre du Bureau de l’AMARC Afrique, Radio Bélékan (Mali)
-  Ababacar Ly, de radio Oxyjeunes (Sénégal), la radio du Pdt AMARC Afrique
-  Tiémoko Koné, Tabalé (Mali)
-  Peter Dogbe, ex-Nana FM et correspondant RFI au Togo.

Emmanuel ADJOVI :

L’OIF est une organisation de coopération multilatérale qui regroupe 110 pays. 12 sont des observateurs. Le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de Ouagadougou en 2004 a adopté un cadre stratégique décennal qui définit les missions de l’OIF. 4 missions :
- Promouvoir la langue française et la diversité culturelle et linguistique.
- Promouvoir la paix, la démocratie et les droits de l’Homme.
- Promouvoir l’éducation, l’enseignement et la recherche.
- Promouvoir le développement durable.

L’OIF s’est également dotée d’un pôle de coopération en matière de médias. Le programme et les actions répondent aux 2 premiers objectifs. Nous avons un volet important d’appui aux radios. L’OIF a choisi d’appuyer principalement les radios de proximité, communautaires et associatives. Avec la mondialisation culturelle et la globalisation économique, plusieurs acteurs de la société civile ont compris la nécessité de coopérer dans les pays et à l’extérieur des pays. Le besoin de coopération est là. Il se structure autour de quelques enjeux importants, notamment :
- 1. La démocratie locale contre la logique mercantile actuelle. Contre l’intégrisme du marché. Face à cela, la démocratie locale doit s’exprimer.
- 2. La diversité culturelle et le dialogue des cultures. La compréhension des peuples est au cœur des enjeux. Les actions de coopération favorisent la compréhension des cultures. Nécessité de gérer la coopération culturelle pour vivre en harmonie.
- 3. La solidarité Nord-Sud. C’est l’intérêt réciproque des radios. Les radios du Nord sont aussi confrontées à des enjeux.

Quels types d’action ? Fondées sur les besoins des radios de part et d’autre. Aujourd’hui, les radios sont confrontées à certains problèmes : la viabilité politique et juridique de ces radios. Mais aussi et surtout la question de la viabilité économique : comment assurer le financement, le contenu… Dans la plupart des pays du Sud, les fonds sont encore dans les limbes. Et pourtant ces radios vivent, confrontées à des difficultés. Elles ne disposent pas de fonds, ni de soutiens étatiques. De temps en temps, quelque sous. Pas grand chose. Les conseils régionaux pensent aux radios pour communiquer, à la veille des élections. Mais le reste du temps, le marché publicitaire est très réduit. Quelles sont les pistes d’action possibles : la formation, les séjours d’appui technique. Il peut y avoir de jeunes volontaires du Nord qui peuvent aller au Sud pour faire de la formation. Les échanges d’expérience à travers les jumelages. On peut travailler sur la mise en réseau des radios pour la défense de leurs droits et intérêts. Les équipements dont disposent ces radios sont fabriqués dans le Nord, ce qui pose problème en cas de dysfonctionnement. La moindre panne peut ne pas être réparée. L’OIF a donc décidé de développer cette coopération. Forts de tout cela, nous avons manifesté notre intérêt pour le projet commun avec le Canada et nous allons le soutenir.

Nathalie STREIFF :

L’une des missions du MAE consiste à contribuer au rayonnement francophone via des structures et des médias comme l’AEF (Audiovisuel extérieur de la France), France 24, TV5 et France 24, TVFI, le Bureau d’export de la musique française UniFrance… C’est une promotion de la diffusion culturelle. Au sein de cette mission, on retrouve la coopération générale qui existe depuis le début des années 90, et qui correspond à la fin du monopole d’Etat sur la presse en Afrique. Dans ce contexte, le programme d’appui à la structuration des médias en Afrique intervient dans le domaine journalistique, avec des actions du CFPJ, de l’ESJ Lille ou du CIFAP… La coopération en télévision passe principalement par les actions de formation par Canal France International. La position et le rôle du ministère dans l’aide aux instances de régulation pour la coopération radiophonique. Il accompagne les initiatives et les activités. Il joue depuis Paris et les ambassades le rôle d’intermédiaire sans chercher à se substituer aux pros. Nous sommes des médiateurs et facilitateurs. La coopération radio a été mise en place dans cet esprit.

Le plan radio Afrique Le plan radio Afrique est un projet pluriannuel, de plus de 2,4 millions d’euros sur trois ans. Il est né en 2007 pour consolider les stations déjà existantes, renforcer leurs capacités de gestion et leur permettre de contribuer à la vitalité culturelle et économique. La philosophie d’approche : appréhender les radios en tant qu’entreprises. 2 opérateurs publics conduisent le plan : Radio France en les accompagnant dans l’élaboration d’un plan d’entreprise, RFI (conduite par l’équipe Talent Plus), pour les actions in situ dans des rédaction locales. Ces actions se découpent en 2 temps :
- Sessions de coaching sur la gestion administrative, la planification, le marketing…
- Sessions techniques sur l’optimisation de l’équipement, la maintenance...

Les radios concernées doivent être bien assises dans leur environnement, avoir une ligne éditoriale cohérente. On espère au total former 53 directeurs de radios, 49 stations et leurs équipes plus une trentaines de coach locaux qui pourront relayer les formations par la suite. Le plan devrait prendre fin en 2010.

Voir sur le site de RFI et du ministère les études menées en amont sur les paysages radiophoniques.

Suit un débat avec la salle, où interviendront notamment les délégués africains.

P.-S.

Crédit photo : Claude Palmer et Adrien Delgrange

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