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RNT : brouille et embrouilles

RNT : brouille et embrouilles

publié le samedi 10 avril 2010

Alors que le CSA devait attribuer hier les autorisations d’émettre pour la radio numérique terrestre, il refile la patate chaude de ce dossier enlisé au gouvernement.


Article publié dans Libération le 9 avril 2010

Décidément, le dossier radio numérique terrestre (RNT) n’a pas fini de fâcher son monde, ni de mettre le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) dans l’embarras. Tant de haine, alors que la RNT promet un meilleur son, des données associées, des nouvelles radios : la panacée pour une bande FM saturée. Hier était pourtant une journée cruciale pour sortir de son bourbier la RNT, malmenée par des désaccords sur la norme de diffusion, par les grands groupes privés qui n’en veulent plus, et par le gouvernement qui ne s’y intéresse guère. Le CSA devait décider, en assemblée plénière, s’il délivrait ou non les autorisations de diffusion en RNT pour Paris, Nice et Marseille, la première phase de son déploiement. On allait enfin être fixé : promise en vain depuis deux ans, déjà repoussée trois fois, la RNT allait-elle être balayée sous le tapis ? Le CSA allait-il lui imposer un moratoire de dix-huit mois, obéissant aux injonctions des groupes NRJ, RTL, NextRadioTV et Lagardère ? Ou au contraire allait-il imposer le lancement effectif de la radio numérique ? Aucun des trois, mon capitaine ! Le CSA n’a rien décidé, mais a profité de l’occase pour sonner les cloches au gouvernement. « A ce jour, le Conseil n’a pas arrêté la délivrance des autorisations de diffusion, explique-t-on au CSA. Le collège a rappelé son attachement à la RNT, mais considère qu’il ne peut pas lancer tout seul la RNT, et qu’il faut un soutien fort de la part du gouvernement.Le CSA lance un appel au ministre concerné pour qu’il prenne une décision, notamment concernant la norme technique. »

« Pas prioritaire ».

Les conseillers ont visiblement mal pris la pique du « ministre concerné », Frédéric Mitterrand, proférée le 29 mars lors d’un déjeuner avec des journalistes. Le ministre avait alors jugé que le lancement de la RNT n’était « pas prioritaire », défiant ouvertement la position officielle du CSA, favorable à son déploiement rapide. « Je constate que le coût de l’opération est considérable, qu’un certain nombre d’opérateurs ne sont pas du tout favorables à cette opération et que c’est le CSA pour l’instant qui a l’air d’être en flèche », avait-il affirmé. « J’ai le plus grand respect pour le CSA, j’ai les plus grands sentiments de respect pour Michel Boyon [le président du CSA, ndlr], mais nous ne sommes pas exactement sur la même longueur d’onde », s’était-il senti obligé d’ajouter. Une volte-face totale pour le ministre qui avait déclaré, début septembre, que le déploiement de la RNT représentait un enjeu « éthique et politique. Déontologique. C’est aussi un enjeu de diversité des expressions culturelles ».

Ce revirement de Mitterrand intervient alors que le rapport Hamelin, très pro-RNT, a enfin été publié par le ministère de la Culture. Il estime que « l’avenir du secteur en général est intimement lié au lancement de la RNT dès 2010 ». Ce rapport, rendu dès le mois de novembre, était mystérieusement resté dans les placards du ministère depuis… Car au même moment était rendu public le rapport Tessier, qui flinguait la radio numérique, affirmait qu’elle pouvait encore être « remise en cause » et jugeait qu’avec son coût très élevé, la RNT ne présentait pas « d’intérêt collectif » suffisant pour que l’Etat y apporte son soutien. « Il ne fallait surtout pas que le rapport Hamelin fasse de l’ombre au rapport Tessier, avance Philippe Chapot, le secrétaire général de l’Association pour la radio numérique DR France. Alors, on l’a mis sous couvercle. »

« Soutien »

Hier soir, Rachid Arhab, membre du CSA et président du groupe de travail sur la radio numérique, qui a refusé « de rentrer dans les échéances », en a remis une couche sur France Info : « On demande très modestement au gouvernement de réaffirmer le soutien qu’il avait formulé dans les premières années en faveur de la radio numérique. » Ce n’est pas la première fois que le CSA fait des appels de pied au gouvernement au sujet de la RNT. Lors d’une réunion mi-mars avec les groupes de travail sur ce sujet, Michel Boyon avait déploré le manque de soutien du gouvernement dans le lancement de la RNT, qualifiant ce désintérêt de « grosse erreur. » Hier, au moins un message du CSA était clair, celui au gouvernement : les gars, si vous voulez vraiment la RNT, sortez-vous les doigts des oreilles.

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1 Message

  • Le CSA, qui avait annoncé son intention de délivrer le 8 avril les autorisations pour lancer la Radio Numérique Terrestre, a retardé sa décision en appelant le gouvernement à clarifier sa position sur ce projet.

    Le gouvernement a envoyé des signes contradictoires sur la RNT, tour à tour affirmant son adhésion à la numérisation du média, refusant tout accompagnement public, et pour finir la critiquant publiquement comme l’a fait Frédéric Mitterrand.

    L’enlisement du projet de la RNT est le résultat du lobbying des groupes de radios nationales qui oeuvrent pour enterrer la RNT depuis qu’ils se sont réunis il y a un an au sein du « Bureau de la Radio » (NRJ Group, Lagardère, NextRadioTV, RTL Group).

    Les groupes de radios nationales montrent qu’ils ne croient pas pouvoir développer leurs entreprises dans une offre radio pluraliste et concurrentielle. S’ils refusent l’avenir numérique du média qu’ils exigeaient hier, c’est que désormais ils ne visent qu’à prolonger des positions dominantes acquises et à reconstituer leurs marges bénéficiaires.

    Le gouvernement saura-t-il se libérer de son suivisme à l’égard des exigences changeantes des grands groupes de communication, et lancer une mission d’expertise sereine et indépendante sur les conditions en vue de la réussite de la Radio Numérique Terrestre, comme l’appel du CSA lui en donne l’occasion ?

    SIRTI Syndicat Interprofessionnel des Radios et Télévisions Indépendantes

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